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Carte blanche : Quand on éteint la culture, c’est toute la société qui marche à l’ombre !

Nous traversons une crise qui a comme particularité d’avoir remis la gestion de la peur au cœur des décisions. La peur de la mort, la peur du temps, la peur de la perte de nos libertés individuelles et collectives, la peur de l’enfermement, la peur de l’autre, la peur de l’isolement, la peur de la perte d’un être cher…

Quand la peur gagne, la confiance est l’arme de combat !
Quand la peur avance, la solidarité est le bouclier qui protège la population !
Quand la peur prend aux tripes, l’efficacité doit être la réponse politique !
Le cdH a choisi de soutenir les pouvoirs spéciaux dans chacun des gouvernements, bien que nous soyons sur les bancs de l’opposition, parce que cela participe à faire gagner la confiance. A montrer que face à cette pandémie, seule l’union nationale et le soutien à des décisions rapides peuvent permettre de soutenir la population. La confiance s’entretient, elle n’est jamais donnée à titre définitif. C’est le cri que certains font entendre aujourd’hui dans la population, dans certains secteurs comme celui de la culture. Il faut donner des perspectives et s’y tenir ou expliquer les changements si l’on veut conserver la confiance.

Les gouvernements ont tenté et tentent encore de répondre à ces objectifs. Mais il y a eu des oubliés… Nous avons porté leurs paroles…

Voilà deux mois, deux mois que certains attendent et ne voient rien venir… Les artistes ! La culture ! Qu’est-ce qui a changé du 13 mars au 13 mai pour tous ceux qui nous ont pourtant permis de passer cette période autrement que dans le silence de l’isolement ? Tous ceux qui nous ont touchés voire fait verser une larme de belle émotion… Pour eux, RIEN ! Des annonces. Rien que des annonces. Un statut pour demain, des chèques repas pour après une concertation longue, des indemnités pour des institutions après un labyrinthe bureaucratique… RIEN !

C’est le binôme « confiance/efficacité » qui est demandé aux politiques. Prendre ses responsabilités, cela ne veut pas dire attendre de plaire à tout le monde, cela ne signifie pas écouter plus ou moins les acteurs et leurs fédérations. C’est AGIR, c’est décider ! Des propositions concrètes sont sur la table. Elles ont été déposées par les acteurs de terrain ou par des représentants politiques. Où sont les décisions ?

Le cdH a déposé depuis près de deux mois des propositions parce que nous savons que nous vivons de culture comme de pain. Qu’aujourd’hui et demain aussi, les artistes nous donnent « les mots pour le dire », pour déposer notre peur, la dépasser. Nous savons qu’il ne peut y avoir de résilience que si nous avons le courage d’entendre ce que les artistes créeront et nous offriront avec nos peurs, nos expériences.

Aujourd’hui, ce sont eux que la peur gagne. Notre démocratie ne peut vivre si les artistes ont peur. Peur de ne plus jouer, peur de ne plus pouvoir nous rencontrer, peur de ne plus trouver des lieux pour faire prendre vie à leurs créations, peur de ne plus pouvoir se nourrir au sens premier du verbe.

Nos propositions sont reprises ici. Elles sont offertes à ceux qui voudront s’en saisir, elles sont ouvertes à la discussion, elles se veulent utiles et efficaces. Pour plus de simplicité, nous vous les proposons par niveau de pouvoir.

Au fédéral, certaines mesures sont en cours d’exécution mais il reste du travail. Dorénavant, tous les partis francophones semblent vouloir trouver une solution à la question fondamentale d’un vrai statut pour les artistes. C’est une excellente nouvelle ! Nous y travaillerons avec le secteur et avec ceux qui poursuivront cette volonté. Une étude réalisée lors de la dernière législature, en collaboration avec Sven Gatz, pourra servir et alimenter la mise en place d’un réel statut et donc d’une réelle reconnaissance des artistes.

En attendant, deux mesures sont essentielles.

La première : c’est maintenant que des décisions doivent être prises pour immuniser au moins toute l’année 2020 et sans doute l’année 2021 pour permettre à ceux qui ont le statut de le conserver, et à tous ceux qui espèrent entrer dans le statut dans sa version actuelle de pouvoir obtenir des critères allégés.

La seconde : il est indispensable que le CNS définisse, avec l’aide des experts, la « masse » afin de savoir ce qui va pouvoir se faire ou pas. Dans certains cas, de légères adaptations seraient suffisantes. Dans d’autres, des solutions alternatives de diffusion, dans des lieux ouverts par exemple, seront possibles.

Pour la reprise des activités, des répétitions, des représentations en petite jauge, une date doit être donnée.  Ne pas prendre de date dès maintenant laisse le secteur dans un doute permanent, sans perspective. Bien-sûr cela va nécessiter de prendre des marges de prévention mais c’est mieux que de reporter de quinzaine en quinzaine car les évènements et l’organisation de l’été nécessitent de prendre ce « risque ».

Pour ce qui concerne le Tax Shelter, la nécessité de revoir le mécanisme doit être finalisée pour pouvoir permettre d’étaler les investissements dans le temps et ne pas perdre la dynamique qui s’est instaurée.

A la Communauté française… quasi tout reste à faire ou à décider. La reprise des représentations, des concerts, des salles de cinéma, des créations ne se fera pas avec des salles pleines, des sièges tous occupés. La reprise ne peut se transformer en une perte financière pour les responsables des lieux de culture. Cela entrainerait à coup sûr des conséquences dramatiques pour les artistes et ceux qui les font vivre. Le secteur propose des abattements de cotisations sociales pour permettre une forme de préfinancement des jauges. C’est une bonne piste qui dépend du niveau fédéral. Nous pensons que la Communauté française doit aussi prendre ses responsabilités et garantir un préfinancement d’un pourcentage des places. Pourquoi pas une combinaison des deux ? Ce préfinancement peut aussi servir d’avance de caisses pour les institutions de culture (tous arts confondus) et ainsi s’ouvrir sur des formes alternatives ou des agendas alternatifs des prochains mois. L’important est de permettre les conditions d’une réelle reprise.

Le gouvernement de la Communauté française a garanti les subsides qui étaient prévus dans les contrats programmes ou dans les conventions. C’est bien. Ces subsides peuvent donc être liquidés dès maintenant à 100% et non en plusieurs tranches. Les institutions ont besoin de liquidités pour payer les salaires mais aussi pour reprendre leurs activités. Qu’attend-on pour le faire ?

Le gouvernement se vante des moyens du fond Star’t, d’une utilisation combinée des réserves du fond et une ligne de crédit « ouverte » selon les déclarations du ministre du budget. C’est bien. Mais ce ne sont jamais que des prêts ou des avances. Cela aide grandement dans le cadre du manque de liquidités mais quid en matière d’investissements dans la relance ? Nous proposons une négociation entre la Communauté française et les Régions pour que les outils économiques tels que Wallimage et Screen brussels réalisent des investissements en 2020 et 2021 exclusivement tournés vers les productions majoritairement belges, en concertation avec les instances d’avis de la Communauté française, du cinéma en particulier.

L’été, cette période de l’année où nous avons l’habitude de goûter autrement à la culture… Cette année sera particulière. D’abord parce que les grands festivals n’auront pas lieu, ou pas avec un large public. C’est pourtant le moment des découvertes, de la première présentation de spectacles nouveaux, de contacts nécessaires aux diffusions internationales (Avignon, par exemple).

Pour compléter la mesure de préfinancement des jauges, nous proposons de soutenir la prise d’images de ces représentations pour pouvoir les mettre sur les sites des festivals internationaux qui envisagent la création de plateformes en ligne avec ce qui devait être présenté (Avignon, Edimbourg par exemple). C’est l’occasion de renforcer la plateforme de la CFWB et pourquoi pas en collaboration avec la Flandre de nos créations et productions.

Dans le secteur du cinéma, Universcine.be ou UnCut.be nous permettent de regarder durant cette période des productions de très grande qualité, mais nous pourrions aller plus loin. Nous proposons d’imposer à la RTBF de participer plus fortement à l’effort de diffusion de nos artistes. Il est indispensable que la diffusion des artistes belges gagne encore du terrain aux heures de grande écoute. Mais aussi que la capacité de captation de qualité d’œuvres des arts vivants permette leur diffusion large avec l’aide financière de la Communauté française.

Nous souhaitons une attention prioritaire à la scène jeune public. Durant l’été, la présentation des créations à Huy est un moment essentiel. Nous ne savons pas si ce festival pourra avoir lieu. Mais nous savons le rôle indispensable de la création avec les jeunes et les enfants, de la diffusion de ces spectacles dans les écoles ou les centres culturels. Nous savons aussi que les artistes engagés dans la création à destination du jeune public joueront un rôle important dans l’accompagnement du dépassement de cette période par les enfants. Il faut des moyens supplémentaires importants pour la culture à l’école, pour cette rencontre porteuse d’émotions.

Le cdH a obtenu lors de la dernière législature, grâce à une excellente collaboration avec la Flandre et la Communauté germanophone, la mise en place du « prix unique du livre » après 30 ans d’attente…

Le décret sur le prix unique du livre permet de mettre fin à la concurrence déloyale des sites commerciaux d’achats en ligne. Mais la pandémie a remis en place des réflexes d’achats en ligne par les lecteurs. Un soutien urgent à l’ensemble de la chaîne du livre est indispensable rapidement. Le secteur du livre est un secteur oublié par les Régions wallonne et bruxelloise dans les aides économiques. Nous réclamons qu’il puisse faire partie des secteurs reconnus en difficultés par les gouvernements régionaux. Mais la Communauté française ne peut se contenter de se tourner vers le pouvoir régional, elle peut et doit agir.  Elle doit doubler les primes régionales de 5000€, montant qui doit être répété sur la période nécessaire à sortir de la crise. Par ailleurs, les libraires indépendants ont mis en place une plateforme de vente en ligne, Librel.be. Celle-ci nécessite des développements et un soutien. C’est une mesure concrète qui doit être prise rapidement en concertation avec le secteur.

Le gouvernement de la Communauté française a décidé d’octroyer 4 millions d’aide à la presse, dont 1.7 millions d’achat d’espaces publicitaires. Nous demandons que ces espaces soient offerts au secteur culturel pour soutenir la relance des activités plutôt qu’à des communications institutionnelles, comme le Gouvernement le prévoit.

L’expression libre de la création culturelle et les artistes sont le thermomètre d’une démocratie.
Nous avons fait le choix de restreindre nos libertés individuelles pour le bien de tous.
Mais nous ne pouvons restreindre le droit à l’émotion, à la création plus longtemps.
La réponse politique efficace est de prendre les mesures nécessaires aujourd’hui pour permettre plus de santé commune demain.
La rencontre de la culture et des artistes est un vaccin contre tous les obscurantismes et permet le dépassement de toutes les peurs !

Maxime Prévot, président du cdH
Alda Greoli, cheffe du Groupe cdH au Parlement de la Communauté française