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INTERVIEW : Didier Wauters, opticien indépendant à Bruxelles

Le 18 mars… La décision est tombée. Nous devons fermer totalement nos deux magasins d’optique. Seules les urgences et réparations peuvent être traitées et cela uniquement sur rendez-vous. Plus de tests visuels, plus d’adaptation de lentilles.

Comme pour des milliers d’indépendants et de commerçants, c’est la douche froide !

Une fois le choc émotionnel causé par cette situation jamais vécue un peu retombé, il faut vite relever la tête. Se laisser abattre n’est pas dans notre nature à ma femme et moi.

Nous voilà à découvrir un univers jusqu’alors totalement inconnu pour nous :

S’occuper d’abord des démarches administratives (heureusement simplifiées) pour nos deux employés. Il est primordial qu’ils puissent bénéficier du chômage Corona pendant cette période de confinement. Faire le point de la trésorerie et évaluer les charges à supporter sans plus aucun revenu et cela pour une durée incertaine mais évaluée au minimum à deux mois.

Il faut ensuite introduire la demande pour la prime unique régionale (la formule est heureusement aussi simplifiée), ainsi que la demande du droit ‘Passerelle’. Car tous les deux indépendants, sans revenus, comment s’en sortir avec deux enfants ?

C’est dans ce moment de grand stress, qu’on se dit que nous avons bien de la chance de vivre dans notre pays où des mécanismes existent pour empêcher une chute vertigineuse !

Et ce qui est d’autant plus remarquable, c’est que malgré le grand chambardement causé par le Covid-19, le système tient bon et fonctionne.

Aujourd’hui, plus d’un mois plus tard, et alors que l’heure du déconfinement progressif pointe le bout de son nez, le spectre d’une possible faillite après plus de 25 années de travail acharné est bien présent… Nous venions il y a deux ans de faire le pari de l’ouverture d’une seconde boutique au concept ‘fair-trade’ novateur. Cela a nécessité de gros investissements. Les banques tardent aujourd’hui à nous proposer des solutions pour dégager des liquidités pour les mois à venir.

Par ailleurs, de nouvelles interrogations surgissent : que devrons-nous mettre en place en termes sanitaires pour pouvoir exercer à nouveau notre profession ? Masques, visières, gants, gels désinfectants, désinfection de nos lunettes après essayage … autant de questions que nous devrons résoudre pour être prêts quand le moment sera venu.

Une autre question primordiale revient sans cesse : lorsque nous pourrons rouvrir moyennant la mise en place de toute une série de règles et de précautions pour préserver la santé de tous, les clients seront-ils au rendez-vous ? A partir de quel moment pourrons-nous remettre nos collaborateurs au travail ? Pourrons-nous être deux ou trois opticiens dans un magasin ? Et surtout, à partir de quel moment aurons-nous suffisamment assez de rentrées que pour assumer le payement des salaires de nos employés ?

Comme nous le faisons depuis le début du confinement, nous allons rester créatifs et surtout positifs ! Nous abordons chaque problème, un par un. Et réfléchissons déjà aux changements que nous allons impulser dans nos commerces dont le fait de passer au concept ‘équitable’ pour nos deux boutiques. Cette crise sanitaire, économique et sociale, nous aura appris cela : la remise en question et surtout la solidarité !

Prenez-soin de vous et des autres !