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INTERVIEW : Véronique Petit, Kinésithérapeute dans une maison de repos à Eghezée

Nous sommes en confinement comme tout le monde mais j'ai la chance, je dis bien la chance, de pouvoir toujours travailler. Je suis kiné dans un home. Celui-ci a tout de suite été infecté et on a donc tout de suite eu un sentiment de peur. Le virus a été beaucoup plus rapide que les précautions prises, qui n’étaient pas suffisantes au début. Beaucoup de résidents ont été atteints et moi-même, j'ai été malade.

Sinon mon travail de kiné a été mis de côté, je travaille maintenant comme aide-soignante. Je découvre un autre métier, je fais des soins que je ne faisais pas, je vais servir les repas, donner à boire etc. C'est un point positif car j'apprends autre chose, j'ai une autre approche des patients et de mes collègues. Par contre, le gros point négatif est : comment vais-je récupérer les résidents après ? Ils n'ont plus de soins de kiné et je me demande vraiment comment cela va aller. Mais bon c'est comme ça, on a dû renforcer les équipes en première ligne et c'est tout à fait compréhensible.

Pendant que j'ai été malade, j'ai été évidemment confinée à la maison. Mon mari l'a aussi eu. Mais heureusement nous n'avons pas été trop affectés. J'ai été, et je suis toujours, isolée du reste de ma famille et c'est assez difficile à vivre. Suite à mon travail, je suis toujours un risque.

J'ai des grosses questions évidemment : suis-je encore contagieuse ?
Suis-je immunisée ? Combien de temps ?
Là, je retravaille depuis une semaine. J'avais peur d'y retourner surtout émotionnellement parlant mais l'ambiance y était relativement sereine, il n'y a plus eu de nouveau cas.
On a l'impression d'avoir dépassé le stade aigu, que les mesures mises en place sont efficaces et c'est moins stressant.

Un home cela vit 24h/24h. Le personnel entre et sort tout le temps. La mise en place des moyens de protection n’est pas simple et n'a pas été assez rapide.

Même maintenant, il y a encore mieux à faire. Même si on est dans une période de stabilisation. Il y a encore un étage dit "infecté" avec des personnes non-infectées. Il faudrait les déménager mais ce n'est pas toujours facile. Logistiquement et psychologiquement, certains résidents sont très attachés à leur chambre. Les consignes ne sont pas non plus toujours très claires. Tout le monde ne prend pas les mêmes précautions. Il faut mettre en place encore plus de mesures, des conseils d'hygiène plus poussés, bien tout expliquer etc. On ne se rend pas compte mais parfois il faut une logistique terrible pour juste 3 minutes avec un résident infecté. On a mis en place des mesures et il faut continuer à les peaufiner.

Qu'est-ce qui vous motive à aller travailler chaque matin ?

J'ai plus que jamais la force d'aller travailler. L'ambiance est tout à fait différente. Je veux être avec eux. On veut les encourager, leur faire garder le moral. On a envie d'être avec eux quasi tout le temps. Ils sont vulnérables et on a envie d'être là pour qu'ils ne baissent pas les bras. Ils ne peuvent plus voir leur famille donc on est un peu la leur. Ici, c'est moins difficile pour les résidents qu'à l'hôpital. On se connait tous, ils sont rassurés car ils savent qui on est. Nous avons eu une seule personne en grande détresse mais elle venait d'arriver et ne connaissait pas encore tout le personnel. Nous voir avec des masques était très difficile pour elle. Elle ne reconnaissait personne.
Les familles nous connaissent aussi très bien ! On communique beaucoup avec elles.

Que peuvent faire les gens qui souhaitent vous aider ?

Pour le moment nous sommes en nombre, donc ça va. Si tout d'un coup, il manque du personnel alors il nous faudra du monde mais pour le moment ça va.
On a remarqué que les résidents aiment des choses qui les font rire. Nous pouvons ainsi rire ensemble ! Une animation extérieure comme un jongleur ou… Des moyens de communication avec leur famille aussi. Du courrier cela fait toujours plaisir mais surtout quelque chose qui fasse rire… c'est le plus porteur ! Une carte rigolote, une vidéo drôle, …

Si vous aviez un vœu à formuler ?

Qu'on gagne la guerre contre le Coronavirus. Que notre vie (sociale, familiale, culturelle, sportive etc.) reprenne mais que notre hyper-consommation cesse !
Gardons en tête le positif de ce que nous avons vécu pour ne pas retourner dans les travers, le superflu d'avant. En changeant donc certaines choses !
Nos soins de santé et leur organisation ne sont pas si mal que cela chez nous. La situation a été parfaitement gérée dans les hôpitaux contrairement à d’autres pays. Nous n'avons pas dû choisir entre certains patients comme j'ai pu le lire dans certaines presses. Dans notre maison de repos, tous ceux qui devaient être hospitalisés, l'ont été. Tout le monde a eu droit aux soins auxquels il devait prétendre. L'organisation a été rapide et donc bravo.

Après cette crise, je souhaiterais que le secteur des soins de santé soit revalorisé en termes surtout de nombre de soignants par malade afin que les soins rendus puissent être plus « humains ».