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Réduire ou aménager le temps de travail ? Vive le temps choisi !

Régulièrement, parmi les organisations à gauche de l’échiquier politique, surgit l’idée de réduire le temps de travail pour répondre à différents enjeux : créer de l’emploi, se libérer du travail, mieux répondre à notre demande de loisirs, etc. Quand ce n’est pas le Parti socialiste qui défend la réduction collective du temps de travail, ce sont les instances du PTB ou d’Ecolo qui font de la semaine des 32 heures leur priorité.

 
 
 
 

Une réflexion sur le temps de travail est nécessaire. Pas pour appliquer des méthodes de planification qui s’imposent à tous les travailleurs et partout. Mais pour réfléchir à de nouveaux modes d’organisation du travail.

Mais comment cette réduction sera-t-elle mise en place ? Les salariés vont-ils voir leur salaires diminués à due concurrence ? Avec une diminution à 32 heures, c’est plus de 15% de leur salaire qui serait amputé ! A l’heure où les mêmes redoutent l’augmentation des travailleurs pauvres, où le saut d’index sur les salaires est dénoncé avec force, comment s’accommoder aussi facilement d’une telle diminution sur les salaires ? Mais c’est bien sûr l’autre option qui est suivie : celle de diminuer le temps de travail sans perte de salaire et avec embauche compensatoire. C’est donc le coût du travail qui augmentera de près de 20%. Sans compter le paiement des heures supplémentaires… Le coût du travail étant déjà particulièrement élevé en Belgique, on a déjà vu plus convainquant pour développer l’emploi.

Pourtant, cela fait longtemps que les économistes ont cessé d’invoquer la réduction collective du temps de travail, imposée à tous les travailleurs, comme solution viable pour le développement de l’emploi. Outre l’impact sur le coût horaire du travail, plusieurs raisons sont avancées. Premièrement, les travailleurs ne se substituent pas les uns aux autres. La diminution des prestations des travailleurs les plus productifs entraînera plutôt une diminution de l’activité de l’entreprise, et donc de l’emploi… Ensuite, une même mesure ne peut répondre aux particularités de chaque entreprise et de chaque travailleur. Enfin, comme le souligne le Conseil Supérieur de l’Emploi, une somme de fractions d’emplois fait rarement un emploi. Le travail est une notion dynamique, qui ne se divise pas comme un vulgaire morceau de tarte mais qui se développe en relation avec l’activité et en interaction avec les autres travailleurs.

Pourtant, une réflexion sur le temps de travail est nécessaire. Pas pour appliquer des méthodes de planification qui s’imposent à tous les travailleurs et partout. Mais pour réfléchir à de nouveaux modes d’organisation du travail, qui répondent mieux aux aspirations des travailleurs. Il ne s’agit plus d’imposer un nombre d’heures comptables à prester chaque jour. Combien sont-ils, parmi la jeune génération, à être convaincus du bien-fondé de ces anciens modèles d’organisation, où les heures de travail sont dictées par des pointeuses et où l’obligation de moyens compte davantage que l’obligation de résultats ? Combien de parents sont mis en difficulté par la nécessité de jongler des temps de déplacement trop longs, un accueil extrascolaire trop peu développé et une implication professionnelle qui prend tout l’espace ?

Un nouveau modèle d’organisation doit être décliné en renforçant tant la liberté que la responsabilité. Plus de liberté pour répondre avec souplesse aux contraintes d’organisation des travailleurs, de leur vie sociale et de leur vie familiale. En cas de garde partagée, pourquoi ne pas autoriser, par exemple, que le temps de travail varie de semaine en semaine en fonction de la prise en charge des enfants ? Pourquoi ne pas permettre de prester 38 heures réparties sur 4 jours plutôt que sur 5 ? Pourquoi ne pas permettre de réaliser des heures supplémentaires durant l’année qui sont récupérées lors de congés scolaires ? Comment encore défendre le pointage horaire alors que le télétravail s’impose tant comme solution pour répondre aux enjeux de mobilité que pour faciliter la vie quotidienne des travailleurs ? Aujourd’hui, les contraintes qui pèsent sur l’organisation du travail empêchent trop souvent une modulation selon les souhaits de chaque travailleur ou selon les besoins des employeurs en fonction de leurs activités. 

Liberté et responsabilité. La responsabilité implique que chaque travailleur soit responsable des résultats qu’il obtient, des prestations réalisées, des services octroyés. Puisque ce ne sont plus les moyens déployés par le travailleur qui importent, mais les résultats obtenus qui seront évalués. Une gestion plus responsable de son temps de travail ouvre également de nouvelles possibilités : adopter une gestion plus dynamique de son temps, combiner plusieurs prestations… Cette transition est également susceptible de transformer progressivement la vie du travailleur, en véritable responsable de sa vie professionnelle. Derrière le temps de travail, c’est donc l’approche et le rôle du travail qui est en jeu.

La question du temps de travail doit faire l’objet d’un débat approfondi. Pas pour rappeler des anciennes mesures, issues d’idéologies collectivistes de planification du travail aux relents de naphtaline. Mais pour oser tracer la voie de la vraie modernité : celle du temps choisi.

Maxime PRÉVOT, Président du cdH
Antoine DE BORMAN, Directeur du CEPESS